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Montmartre, entre chien et chat

Le lapin et l'âne de Montmartre

1 Juin 2012 , Rédigé par MonMontmartre.com Publié dans #Montmartre : peintres d'hier et d'aujourd'hui

Adriatique

Connaissez-vous l'histoire du lapin et de l'âne (de Montmartre ) ? Pas encore ? Moi si !

Avant que vous ne me posiez la question, je vous réponds. Non, je ne me prends pas (encore) pour Jean de La Fontaine. Qui, à ma connaissance, n'a pas écrit le lapin et l'âne. Ni l'âne et le lapin. En revanche, dans l'une des ses 243 fables, il a écrit celle de l'âne et du chien. Le saviez-vous ?

Mais revenons à notre lapin et notre âne.  Nous sommes au début des années 1900, donc plus de 200 ans après le décès de Jean de la Fontaine, en 1695. A l'âge de 74 ans, si ma mémoire est bonne.

A cette époque, vous me suivez toujours dans les dates ?, Berthe Sébource, rachète un cabaret à Montmartre, qui depuis 1880, grâce à André Gill s'appelle le Lapin Agile. En 1903, Frédéric Gérard,  dit « le père Frédé »,  vient la rejoindre. C'est une figure, le père Frédé ! Je vous en parlerai prochainement. Promis ! Car, des tensions apparaissent dans la clientèle du cabaret. Constituée de bons nombre d'artistes. 

Ces tensions sont liées notamment à l'antagonisme entre les artistes d'avant-garde de la "bande à Picasso",  et les adversaires de la peinture abstraite. Qui estimaient que   "si les artistes n'essayaient plus de reproduire le monde réel, sous une forme reconnaissable, il ne restait aucune possibilité de juger".

C'est alors que le journaliste et écrivain Roland  Dorgeles, en 1910, met au point une "fumisterie"qui fera date.   En présence d'un huissier, il décide de peindre une toile "impressionniste".  Après avoir passé un fond à peu près uni, Dorgelès attache un gros pinceau enduit de peinture à la queue de Lolo, l'âne du Père Frédé. La toile étant posée sur une chaise ! Pour stimuler son âne, le père Frédé lui donne des carottes et lui propose même un peu de tabac ! Pour donner " Un magnifique coucher de soleil sur l'Adriatique" ! La signature, Joachim Raphaël Boronali, sera naturellement rajoutée ! Au fait, savez-vous que Boronali n'est autre que l'anagramme d'Aliboron ? L'un des noms donnés à l'âne depuis le Moyen Âge. Et repris par Jean de la Fontaine ! Car l'aliboron est un sot personnage qui se croit habile en toutes choses et ne se connaît en rien. Un peu comme les chats ...

Le tableau, exposé au salon des Indépendants de Paris, eu un succès énorme ! Il fit  l'objet de commentaires peu différents de ceux qui accueillirent d'autres œuvres modernistes. Il fut vendu un très bon prix . 20 Louis d'or de l'époque ! Je crois que cette somme fut reversée  à l’Orphelinat des Arts. C'est Roland Dorgeles lui-même qui dévoilera la supercherie, qui fera couler beaucoup d'encre.

C'est dans ce contexte que André Salmon, écrivain journaliste et critique d'art, qui fut à la fois l'ami de Dorgelès et celui de Picasso, bel exploit, devait dans ses "Souvenirs sans fin", en 1955, se montrer sceptique quant à la valeur de cette démonstration. Dans la mesure où, au Salon des Indépendants, et contrairement au fameux salon d'automne de Paris par exemple, aucun jury ne sélectionne au préalable les œuvres représentées. Mais je note tout de même que si André Salmon était un ami de Roland Dorgeles, il était aussi, avec Guillaume Appolinaire , un fervent défenseur du cubisme. Alors ...

Et vous, serez-vous sensible à l'art et l'humour du lapin et de l'âne ?

Bisous,
Apple. 

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